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Arènes loties d'Arles par J.B. Guibert - 18e siècle via Wikimedia Commons

Les travaux récents d’Anaphore

Les textes précédemment publiés sur ce blog rendaient principalement compte d’une partie du travail de veille d’Anaphore.
Mais, l’activité d’Anaphore ne se limite pas à la veille. Des chantiers, nombreux et importants, sont conduits, les uns déjà terminés, d’autres en cours. Ces chantiers ne sont pas, bien entendu, sans rapport avec ce travail de veille et les liens entre les différentes composantes de notre activité devraient progressivement apparaitre clairement.
Ce blog doit aussi rendre compte de nos travaux. Ce premier texte va en faire une présentation globale et partielle. Par la suite, nous aurons l’occasion de présenter plus en détail ces différents chantiers.

Des évolutions nécessaires

Arkhéïa et Anaphore sont au service des archivistes et des archives depuis plus de deux décennies. Le temps d’accumuler des expériences et de voir des contextes évoluer. Contexte technique, contexte administratif, contexte concurrentiel… qu’il faut prendre en compte. Mais, Anaphore n’entend pas se contenter de s’adapter à ces changements, elle tient également à anticiper des évolutions encore plus fondamentales dont vont bénéficier les métiers d’accès à l’information. Et c’est à cet égard, en particulier, que le travail de veille est essentiel.

Des évolutions dans plusieurs directions

Nous travaillons sur l’interface et l’ergonomie d’Arkhéïa, en particulier le module Thésaurus et les modules de gestion.
De nombreux travaux sont en cours concernant les descriptions de documents d’archives. Anaphore a consacré de nombreuses années à offrir la possibilité de saisir tous types d’instruments de recherche sur tous types de documents, sans pour autant négliger les possibilités de restitution de ces instruments de recherche. Les travaux plus récents portent particulièrement sur ces possibilités de restitution.

L’interface d’Arkhéïa

Anaphore a fait appel à une agence spécialisée dans le graphisme et l’ergonomie (La Souris verte) afin de mettre au point une nouvelle interface pour Arkhéïa. Il s’agissait de disposer d’une présentation plus agréable, plus moderne, mais aussi plus ergonomique, plus intuitive.
L’agence a proposé une architecture plus fonctionnelle des fenêtres, des menus et boutons ; des icônes ont été spécifiquement dessinées.
C’est donc un travail de refonte qui a été entrepris, un chantier de longue haleine. Actuellement, les petits modules Accueil, Paramétrage et Acteurs sont fonctionnels. Le module Récolement est en phase d’achèvement et le module Thésaurus est bien avancé.
Le module Récolement déconnecté, qui a été utilisé et très apprécié par les archives départementales du Gard à l’occasion de leur déménagement, a également été refondu depuis.

Ci-dessous, un exemple de la nouvelle interface avec le module Thésaurus.
InterfaceThesaurus

La restitution des instruments de recherche

Les instruments de recherche sont parmi les productions à plus grande valeur ajoutée des archivistes qui leur consacrent beaucoup de leurs compétences, de leur temps et de leur énergie. Il est essentiel que les résultats soient lisibles, compréhensibles et, autant que possible, agréables !
Anaphore attache une grande importance à la qualité des instruments de recherche. Il ne faut pas, ce qui est malheureusement souvent le cas, qu’informatisation rime avec appauvrissement. Car la mise en ligne d’instruments de recherche électroniques présente souvent des limites : la navigation peut être laborieuse, on a difficilement une vue et une compréhension globales du fonds… ; et, pour autant, les performances et l’ergonomie des recherches ne sont pas optimisées.

A.  Des possibilités d’impression de grande qualité

Nous avons déjà présenté ici les possibilités de génération de fichiers directement imprimables. Disponible depuis la fin de l’année 2013, cette fonction a été largement adoptée, et parfois avec un certain enthousiasme.

B.  Une nouvelle page HTML

Tous les instruments de recherche ne peuvent pas être imprimés, ni même ne méritent de l’être. Internet est indubitablement aujourd’hui un moyen de diffusion privilégié.
Notre objectif était donc de permettre la consultation en ligne de véritables instruments de recherche. En 2011, Anaphore avait déjà produit un export HTML de qualité avec l’aide d’une agence web (Glanum). En 2014, un nouveau chantier a été lancé pour une nouvelle présentation des instruments de recherche. La feuille de route étant, en particulier, la suivante :

  • Permettre l’affichage à l’écran de l’ensemble d’un instrument de recherche (et pas seulement d’une petite partie à la fois) afin de pouvoir le faire défiler.
  • Obtenir une présentation lisible, agréable, adaptée à l’écran et moderne.
  • Réduire considérablement le poids de la page, malgré les contraintes ci-dessus afin d’offrir des temps de chargement courts.
  • Adapter automatiquement l’affichage à tout type d’appareil, dont les tablettes et même les smartphones (on dit web adaptatif ou responsive web design).
  • Optimiser le référencement des informations contenues dans les instruments de recherche.

ExportHTML

La recherche dans les instruments de recherche

Nous avons eu l’occasion de présenter, dans ce blog, les principales caractéristiques des moteurs de recherche de troisième génération conçus pour les bibliothèques. Ces caractéristiques sont également très intéressantes pour les instruments de recherche archivistiques. Toutefois, leur adaptation ne va pas de soi et nécessite une très bonne connaissance des problématiques, une réflexion approfondie et une stratégie fine, compte tenu de la grande complexité de cette question (description et indexation à niveaux avec gestion de l’héritage, variabilité des métadonnées descriptives versus la régularité pour les bibliothèques…).
Anaphore n’avait pas pris directement en charge le développement de logiciels de recherche et de navigation, mais est à l’origine des premières réalisations pour les archives (ActionArchives et Pleade).
Le moteur Bach, aujourd’hui opérationnel, bénéficie de toutes ces réflexions et expériences, ainsi que de longs mois de développements. Il offre des fonctionnalités et une ergonomie totalement inédites pour l’interrogation de nos instruments de recherche archivistiques.
Bach

Vers le web sémantique

D’une part, le mouvement vers les données liées est inexorablement en marche. Les grandes bibliothèques s’y sont résolument engagées, comme la Bibliothèque nationale de France (BNF). C’est aussi le cas, en France, de l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES).
Pour les archives, l’intérêt du web des données est largement aussi vif que dans le cas des bibliothèques (voir, par exemple la présentation d’Anila Angjeli au congrès annuel 2012 de la SAA).

D’autre part, après les bibliothécaires (avec les modèles FRBR, FRAD…) et bien d’autres, les archivistes sont conscients de l’impérieuse nécessité d’un modèle global. Voir, par exemple, les travaux du Conseil international des archives sur la révision des normes de description et l’élaboration d’un modèle conceptuel pour les archives.
En effet, pour diverses raisons historiques (qu’il n’est pas question de remettre en cause), les choses ont été un peu faites à l’envers en commençant par rédiger des normes, par établir des formats standard et par produire des outils informatiques, sans avoir une vision globale des entités concernées par nos descriptions et sans avoir explicité les relations qu’elles entretiennent entre elles.
Pour Anaphore, il ne serait pas raisonnable, aujourd’hui, d’envisager l’avenir et de faire évoluer les logiciels de description sans cette vue globale.
Anaphore s’est beaucoup documentée sur ces questions, a étudié plusieurs modèles ou ontologies (Europeana Date Model, Locah-Liking Lives, Salda, Finnish Conceptual Model for Archival Description, l’ontologie de l’APUG à Rome…) et suit de près les travaux sur l’évolution des formats (schémas EAC, EAD 3, Nomina…) et ceux du Conseil international des archives.
Néanmoins, pour ses besoins internes et afin de faire évoluer ses outils d’une manière cohérente et tournée vers l’avenir, Anaphore a travaillé, en collaboration avec Sparna à l’élaboration d’un modèle conceptuel pour décrire les fonds d’archives. Notons qu’Anaphore a pris le parti de nommer les classes et propriétés en français.
Ontologie2

Nous vous donnons rendez-vous sur notre blog où nous développerons les points abordés ci-dessus. À bientôt.

2014 : année d'éclosion... © Myriam Pauillac

Pourquoi ce blog ?

Ce blog, et sa nécessité procèdent d’un constat, celui d’un certain nombre d’entre vous, qui nous connaissent, que nous avons l’occasion et le plaisir de rencontrer, avec qui nous avons l’honneur de collaborer, souvent très étroitement :

vous ne communiquez pas, on n’entend pas parler de vous, alors-même que nous savons que vous travaillez, que vous veillez sur les perspectives d’évolution de notre métier, que des réalisations importantes sont en cours et même en phase d’achèvement.

Ce blog aura sans doute un fil conducteur, presque un slogan : « l’histoire continue », histoire et histoires que nous déclinerons suivant plusieurs volets.
Ce blog est celui d’Anaphore. Anaphore est une aventure en petite partie personnelle et en grande partie collective. Les propos qui y seront tenus ne seront pas seulement les miens. Ici, toutefois, c’est d’abord le je qui va s’exprimer.

J’ai commencé à travailler dans les archives en 1979 et, jusqu’en 1990, dans un service d’archives départementales. En 1990-1991 a commencé l’aventure Arkhéïa ; puis, en 1993, l’aventure Anaphore.
1993, déjà un peu plus de 20 ans. La plupart de mes interlocuteurs de l’époque avaient entre 30 et 60 ans. Les mêmes, aujourd’hui ont donc entre 50 et 80 ans. Alors que les trentenaires d’aujourd’hui avaient 10 ans alors. Ce constat rejoint, d’une certaine façon, celui, pertinent et élégant, d’un confrère qui, à la question « Avez-vous des concurrents ? », répondait : « Sur le secteur des archives publiques nous faisons face à des acteurs plutôt vieillissants. ». Lui-même est sans doute trop jeune pour avoir écouté Georges Brassens chanter Le temps ne fait rien à l’affaire.

On a trop tendance, à l’époque de l’immédiat, à se comporter comme si l’histoire se terminait aujourd’hui. Je prendrai deux exemples rencontrés.

Dans les années 1990, quelques archivistes modernes affirmaient qu’il fallait savoir s’adapter et adapter ses pratiques, son métier, aux nouvelles technologies. Celles-ci étaient alors représentées par les logiciels documentaires. Il fallait renoncer à nos instruments de recherche au bénéfice des bases de données documentaires. Comme si l’évolution des technologies d’accès à l’information allait s’arrêter tout à coup, si on atteignait là le terme d’une histoire (il est vrai que, dans les années 1990, les thèses de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire connurent un grand succès).

La fin de cette période nous semble avoir été sifflée par la publication, en 1999, de l’ouvrage de Christine Nougaret et Bruno Galland, Les instruments de recherche dans les archives (La Documentation française).
Les années 2000 ont donc été celles du grand retour aux instruments de recherche, avec, en particulier, l’adoption de la norme de description archivistique ISAD(G), des formats standard s’appuyant sur le langage XML, d’outils informatiques pour produire de tels instruments de recherche et d’outils spécifiques au métier des archives pour mettre en ligne et interroger ces instruments de recherche. Les Archives de France, les Archives nationales et Anaphore ont joué un rôle très important dans la promotion de ces norme et format standard et Anaphore a eu un rôle de pionnier défricheur pour les outils de production et de restitution. Mais, il ne s’agit pas ici, de faire dans la nostalgie car, là encore, l’histoire continue.

Elle continue, et pourtant !

Anaphore a d’abord provoqué une sorte de révolte d’une bonne partie de ses utilisateurs en voulant « imposer » l’adoption de normes et d’instruments de recherche électroniques. Sans doute, y a-t-il eu, de notre part, des excès, un peu trop d’enthousiasme, mais l’intuition de la voie à suivre a été amplement confirmée par la suite.

En avançant dans les années 2000, les normes et formats standard se sont finalement imposés. Peut-être trop, en tout cas de manière trop formelle. Ils sont devenus pour les uns presque un dogme, pour d’autres, un argument commercial. Avec la tentation, là aussi, de figer des évolutions, encore une fois d’arrêter l’histoire !

Parmi les très nombreux arguments en faveur des formats standard (pérennité, universalité : arguments que l’on doit aujourd’hui nuancer) il en était un d’essentiel : pouvoir attacher moins d’importance qu’on ne le faisait précédemment (par exemple avec les traitements de texte) à la forme (la présentation, destinée à la lecture humaine) et plus aux contenus. Mais, pour certains, on est retombé dans un autre formalisme, syntaxique celui-là, et donc même plus destiné à la lecture humaine. Il n’est malheureusement pas du  tout exagéré d’écrire que l’on arrive à privilégier l’emploi ou le non-emploi de tel attribut à la lisibilité, à la compréhensibilité, de l’instrument de recherche.

L’histoire continue : comme les technologies, comme les outils, les formats évoluent, et même les normes. Il est très intéressant, à cet égard, de regarder ce qu’on fait nos « cousins » bibliothécaires.

Pour résumer, très schématiquement,

  • Les années 1990 ont été celles de la large diffusion de l’outil informatique dans les services d’archives. Les formats informatiques étaient alors propriétaires.
  • Les années 2000, dans le contexte du formidable développement du Web des documents, ont vu la mise en œuvre de normes, le remplacement des formats locaux propriétaires par des formats internationaux métier, la diffusion plus large d’outils de restitution spécifiques au métier des archives et, pour certains, l’affinement de leurs méthodes de travail.
  • Les années 2010 sont celles du développement du Web des données, du travail sur des modèles conceptuels, du remplacement des formats métier par des formats universels, d’un nouvel affinement des méthodes et du renouvellement des outils de mise en ligne.

Ces changements d’outils et, même, au-delà, de paradigme, ont en effet de quoi donner le tournis. Pourtant, des fondamentaux, essentiels, demeurent : les objectifs de l’archiviste, ses rôles, son travail de fond, les méthodes de description. Simplement, il faut savoir distinguer les fondamentaux à conserver des outils (au sens large) qui se renouvellent. Et, il est essentiel de ne pas se rendre prisonnier des modes, des outils de l’année, des formats de la décennie car, alors, les déconvenues sont assurées à terme.

On peut décider de s’arrêter au bord de la route.
On peut décider de se jeter dans le fleuve et de se laisser emporter par les tourbillons des évolutions technologiques.

Anaphore navigue sur ce fleuve en tenant le cap qui conduit vers les réalisations de demain. Car nous n’avons pas oublié que l’archiviste est d’abord un passeur entre hier et demain. Et, le rôle de l’éditeur de logiciel (et plus) est de l’accompagner dans cette voie, de lui éviter les embranchements sans issue pour mener à bien sa noble mission. Son rôle est également de prendre en charge, le plus largement possible, les aspects liés à la technique et aux formats (contrairement à ce qui a eu tendance à se faire à l’arrivée du format XML-EAD) pour que l’archiviste puisse se consacrer aux fondamentaux de son métier.

Ce blog présentera donc les réalisations d’Anaphore, mais aussi ses projets, les résultats de sa veille et de ses réflexions. Il est, bien sûr, également ouvert à vos contributions.

 

Louis Colombani

Janvier 2014